Sanguine hum, « What we ask is where we begin : the songs for days session » – 2016

Sanguine Hum est un groupe atypique. Son identité est forte et basée sur un savant mélange de progressif, de canterbury, de jazz et même d’électronique, le tout dans un esprit très « british ». Après le remarqué « Now we have Light », ils nous proposent en ce début d’année une nouvelle production intitulée : « What we ask is where we Begin: The songs for days Sessions ». Ce double disque présenté en version « deluxe » via Esoteric Antenna n’est pas à proprement dire une nouvelle création puisqu’il reprend sur la première galette ce que l’on peut appeler un album oublié, fruit de leurs débuts et réservé au compte-goutte aux fans à l’époque. Le tout a été dépoussiéré et retravaillé en studio pour l’occasion. La seconde galette contient quant à elle des versions remixées, des extraits de sessions d’enregistrement à l’état brut et des inédits. Un livret de 20 pages accompagne le disque et relate l’histoire de chaque titre du point de vue de chacun des musiciens.

On pourrait penser que cet album est à réserver au public déjà conquis après le superbe « Now we have light » et bien non. Les 31 titres, même si certains paraitront anecdotiques vous sautent à la gorge assez vite. Le ton est donné: cela respire le talent, la fraîcheur, la musicalité. C’est inspiré et inspirant.

Tout leur savoir faire réside à proposer une unique synthèse de pop-rock et d’ambiances atmosphériques hyper travaillées. Matt Baber semble être le chef d’orchestre tant il est omniprésent avec ses instruments : piano, batterie, harmonium, synthétiseur, orgue. Le plus touchant dans ce groupe est certainement la voix particulière de Joff Winks à la fois délicate et sensible. Il gère aussi les parties de guitare.

Si vous êtes curieux, attardez vous sur cette production et vous y découvrirez des trésors : « Cast adrift », « Revisited song », « Milo » ou encore « Hedonic treadmill ». De subtiles parties acoustiques vous sont proposées sur le second disque avec « Double » et « Quartet ». On y croise une inspiration funk bien typique du groupe à l’instar d’un certain « Cat factory » sur « Now we have light ».

L’intérêt du groupe ne se borne pas seulement à leur musique mais à ce qu’ils racontent et cela va loin. Ils abordent largement des thèmes mystiques, philosophiques voire sociologiques à l’image du titre « Hedonic Treadmill », qui nous parle de cette théorie selon laquelle les êtres humains conservent plus ou moins et tout au long de leur vie un même niveau de bonheur et ce, indépendamment de facteurs extérieurs tels que la richesse. Ils évoquent des thèmes tels que le voyage dans le temps, la nécessité de garder son libre arbitre, des sujets profonds susceptibles de nous toucher.

Dès le début, on pouvait penser devoir classer ce disque comme réservé pour les fans.

Force est de constater qu’il peut aussi être une superbe porte d’entrée pour découvrir ce groupe si spécial.

Les connaisseurs et fidèles pourront quant à eux patienter avec beaucoup de bonheur avant leur prochaine réalisation car oui, cet album est encore une réussite et ce groupe à placer dans la catégorie « ce qui ce fait de mieux ». Osons le dire tant ce qu’ils proposent est riche, dense et unique quelque part.

Leur talent est immense et sur cet album, celui de leurs débuts, tout était déjà dit dès le départ.

http://www.esotericrecordings.com/sanguinehum.html

 

 

Neverland, Marillion – Une tentative d’explication de texte

Neverland est certainement la plus belle chanson d’amour dans la discographie du groupe Marillion. Issu du magnifique album Marbles sorti en 2004, ce titre est d’ailleurs devenu une vraie référence en « live » de part l’émotion et la beauté qui s’en dégagent.

Le thème central est l’amour inconditionnel, celui qui donne sans attendre en retour, le plus pur qui soit. Spirituel voire autobiographique, Steve Hogarth peint une fresque incroyable à travers ses paroles. Le tout est au final très subtil et se réfère au roman écrit par JM Barrie et racontant l’histoire fantastique d’un certain Peter Pan et d’une petite fille, Wendy Darling voguant dans un monde imaginaire , le Neverland.

Le tout est un vrai conte sur ce sentiment ultime porté par notre imagination, nos fantasmes, nos peurs et sur le temps qui passe, inexorablement. Peter Pan est donc cet enfant qui refuse de grandir et qui voit en la petite fille une représentation de la mère parfaite, il rêve des histoires qu’elle lui raconte.  Elle aussi souhaite au début du livre ne jamais grandir et c’est ainsi qu’elle rencontre Peter Pan, venu récupérer son ombre, que Wendy recoud, avant de l’accompagner au pays imaginaire. Pourtant, elle constate que cette expérience fait ressortir son côté adulte. En guise d’épilogue, leur séparation est inéluctable et le héros ramène la jeune fille dans sa vraie vie à Londres en lui faisant la promesse de ne jamais oublier, de revenir tous les ans pour l’emmener dans son petit paradis perdu. Il la retrouvera ayant grandi et devenue mère de famille.

Pour revenir à Marillion et après cette digression utile, cette chanson illustre donc toute la poésie de l’histoire et comment H a pu ressentir cela. Combien de fois dans nos vies avons-nous refusé l’idée de vieillir et pu ressentir ce sentiment d’amour impossible digne de cœurs d’enfants ? Face à ce constat et à la réalité de nos engagements, la honte est parfois de mise. C’est ce qui est d’ailleurs dit à travers ces paroles : « I want to be someone, i want to be someone, i want to be someone who someone would want to be someone would want to be ». Dans la vie de rock star qui est la sienne, le chanteur a dû aussi affronter ses propres zones de turbulence amoureuse et ressenti le mal-être, une part certaine de désespoir. A mon sens, s’ il devait y avoir une suite (ou inversement), un appairage à faire à cette réalisation, ce serait sans nul doute « Happiness is the Road ».

La plus belle métaphore qui soit est amenée par Mrs Darling, la mère de Wendy au tout début du roman. Elle dévoile un secret et affirme posséder sur le coin droit de la lèvre la clé ou l’endroit du baiser ultime, celui de l’amour inconditionnel qu’elle ne donnera d’ailleurs à personne ni à son mari, ni à ses enfants.

C’est cela toute la clé de lecture de cette pièce musicale : la solitude, le doute, l’amour puis la libération. Face à nous souffrances, comment l’imaginaire et cette connexion à l’amour vrai peuvent nous aider, nous faire avancer. Comment il est bon de se laisser porter par les rêves et d’imaginer des fées ou des anges veillant sur nous comme lorsque nous étions enfants et regardions le cœur lourd les nuages ? Cette étincelle de magie (this spark that drives me on) est si précieuse quand nous l’accueillons avec bienveillance.

« Undo the hooks, once and for all, banish the tic tic tic tok tok tok »

Traduction : « Délivre toi de ces liens, une bonne fois pour toute et arrête ta montre »

Très clairement, une indication est livrée, la plus philosophique qui soit : l’amour ne fait jamais mal sinon nos attachements et que l’étape de la libération ou du bonheur est d’accepter cela, toute simplement, et de faire vivre toutes nos histoires en nous sans pour autant les enterrer et en nous détachant de nos peurs encore une fois  (notamment celle de l’horloge, du compte à rebours final).

« All these years
Truth In front of my eyes
While I denied
What my heart knows was right »

Steve Hogarth (cf interview Colours and Sound) nous livre aussi un joli secret caché dans l’artwork de l’album et réalisé par le génial Carl Glover. On retrouve l’esquisse d’un nuage en forme de lèvre et orné d’une étoile sur le coin droit. Cela ne vous évoque t-il pas quelque chose ? C’est cela la subtilité de l’art : des messages cachés ici et là.

Rêvons et continuons à aimer, ici comme ailleurs, dans nos Neverlands et écoutons Marillion ! The road to happiness…

 

 

 

 

 

Blackstar de David Bowie : une tentative d’explication approfondie

Blackstar est le dernier album de David Bowie. Sorti le 8 janvier 2016 et  le vingt cinquième de sa carrière, il est en lui-même une œuvre fascinante qu’il laisse en guise de cadeau d’adieu, un bijou qu’il semble avoir préparé durant sa phase de trépas, une année entière durant laquelle il ne donnera aucune interview, un an pour accoucher de sa propre mort, de son étoile noire. En s’effondrant sur lui-même, il livrera au monde qui sait son titre le plus beau et le plus mystérieux à savoir le titre éponyme de l’album. Je vous présente ici une brève analyse afin de mettre en lumière toute l’intelligence de la création.

 

Plus que jamais, la vidéo et la musique forment un « tout ». Les sonorités percussives dignes de rites de messes noires et le style free-jazz se combinent à des images incroyables, cauchemardesques, apocalyptiques. Les notes électroniques sont autant de balles qui filent à toute vitesse pour traverser le corps du condamné à mort. Il est d’ailleurs à noter que l’artiste aurait voulu cela comme une référence directe aux exécutions du groupe islamique. Au final, le tout est d’un esthétisme tel que cela laisse pantois. L’artiste sera mort tel qu’il aura toujours vécu : en artiste libre et génial. A y regarder de près, en disséquant le premier titre, il semble même se jouer de nous en nous laissant libre de l’interprétation et de notre regard sur notre propre fin à venir.

Le titre

Premièrement, l’étoile noire est en physique un objet issu de l’effondrement d’une étoile massive, et d’une densité telle que sa vitesse de libération excède la vitesse de la lumière, le rendant obscur, ou à défaut extrêmement sombre. Toutefois, contrairement au trou noir, il n’y a pas d’horizon d’événements, et l’étoile noire est un corps réel et matériel. Cela commence ainsi et nous pourrions philosopher longuement pour commencer.

Deuxièmement, le nom de « blackstar » est utilisé pour décrire une lésion cancéreuse généralement associée au cancer du sein. C’est une drôle de coïncidence du fait que cette maladie l’a lui-même emporté.

Le plus étonnant est enfin ce clin d’œil à un artiste qu’il vénérait et avec qui il partageait la même date d’anniversaire : Elvis Presley. Ce dernier avait écrit en son temps une chanson peu connue du nom de Blackstar et dans laquelle il chante : « When a man sees his black star, he knows his time has come ». L’homme est facétieux à souhait. Saviez-vous que la pochette du disque vinyle décriée à l’époque pour son côté simpliste brille au soleil et découvre une véritable surprise magique ? L’étoile noire se mue en galaxie qui scintille de mille feux. David Bowie a décidément fait en sorte que son génie se manifeste encore et toujours de manière inattendue.

Symbolisme et imaginaire

En visionnant le clip, une quantité de références ésotériques nous frappent. Elles pourraient avoir été choisies par hasard mais à y regarder de plus près, des thèmes bien précis sont abordés à commencer par la théorie des anciens astronautes. On voit au début une femme arborant une queue s’approcher d’un cosmonaute ou du moins d’un squelette paré de bijoux telle une offrande. Cette théorie est une spéculation selon laquelle les anciennes civilisations ont été en contact avec des « visiteurs » extraterrestres venus apporter sur la terre le savoir dans les domaines de l’écriture, de l’architecture, de l’agriculture, des mathématiques, de l’astronomie et de la médecine.

Ces « êtres » technologiquement plus avancés que l’Homme seraient devenus, au fil des siècles, des « dieux », ces êtres supranaturels dont parlent les anciennes mythologies et dont l’archéologie met les cultes en évidence. Cette femme apporte au sein de son village le tout comme une relique sainte et on arrive alors au symbolisme. Notons au passage qu’au moment même où elle ouvre le casque, une bougie et sa flamme apparaissent comme si la mort et la vie se juxtaposaient. Enfin dans l’esprit de Bowie, il est à préciser que la queue, attribut rajouté à cette femme est d’ordre aussi sexuel.

Ce personnage pourrait aussi être ainsi considéré comme une artiste avec un pouvoir de divination qui lui permet de voir l’invisible à savoir la beauté divine. Non effrayée par cette vision macabre, elle semble au contraire le regarder avec calme et le fixe dans ses yeux. A son retour, elle amène sa découverte à ses amis aussi artistes. Ils se lancent alors dans un rituel mystique mais mystérieusement joyeux.

Il est enfin à noter une référence à l’agnosticisme. Lorsque que David Bowie s’affiche les yeux bandés avec des billes noires moqueuses, la référence est flagrante dans le contexte. Les agnostiques pensaient que le dieu de l’ancien testament était une créature du diable créée par accident. Le fait d’être aveugle et fou l’empêchait de voir la réalité et l’existence d’autres divinités.

Mais de façon plus concrète, le cosmonaute n’est autre que Major Tom de Space Oddity, perdu dans l’espace et qu’on aurait enfin retrouvé !

Villa of Ormen

La première phrase prononcée par David Bowie interpelle dès le départ : « In the villa of Ormen ». Il est à noter qu’un site anonyme (www. thevillaoformen.tumblr.com) compte au sein de ses archives des références visuelles ressemblant en tous points au film. Mis en ligne en novembre 2015, le lien est indéniable comme le mystère qu’il représente.

Ormen est aussi un village de Norvège où son ancienne petite amie Hermione Farthingale est allée en 1969 pour le tournage du film  Song of Norway dédié au compositeur Edvard Grieg. Qui plus est, on voit distinctivement le chanteur arborer un t-shirt avec l’inscription du titre du même film dans un clip de 2013 (Where We Are Now). Certains esprits inventifs voient même un jeu de mot dans « in the villa Ormen » car pouvant signifier « the revealer of all men » à savoir la mort !

L’artiste se joue de nous comme il se joue de lui avec un fascinant lyrisme symbolique. Regardez ces smileys sur sa veste et comment ils indiquent qu’il ne faut jamais prendre la vie au sérieux.

 

 

 

 

Danse rituelle

Les mouvements indiquent la transe, comme un rituel de passage ou encore une fête, ces mêmes célébrations dont on ignore le sens. Selon le directeur artistique Johan Reck, Bowie nous offre une référence pour le moins inattendue : celle de Popeye. On voit en effet dans ce dessin animé des années 30 une série de mouvements pour le moins bizarres, saccadés. Fasciné par cela, l’artiste les reprend avec une modernité folle comme si les artistes incarnaient une sorte de danse animée façon « gif ». Etonnant non ?

David Bowie incarne enfin un faux prêtre comme dans The Next Day. Il semble cynique pour le coup alternant un ton tantôt flatteur tantôt moqueur. Se moquerait-il de la religion ? Il dit d’ailleurs à qui veut l’entendre « You’re a flash in the pan/ I’m the great I Am.” (je suis dieu tout puissant et vous n’êtes que des feux de paille). La façon dont il s’affiche avec la bible rappelle bien évidemment le culte de la personnalité soviétique, et maoïste.

En guise de conclusion, on voit bien qu’avec Bowie, le hasard et la coïncidence n’ont aucune place. Tout est savamment calculé de sorte à nous éblouir encore une fois. Espèce de fusion ou de synthèse de son œuvre et ses influences, il boucle la boucle pour mourir en étoile. Il y encore mille choses à découvrir à coup sur dans ce disque et pour l’occasion d’un fabuleux et long voyage en perspective. David Bowie est certainement l’artiste le plus complet des quarante dernières années. J’ai bien dit « est » et non « était » car les dieux tout comme les œuvres d’art sont immortels.

Cadeau bonus : kit de décodage de la pochette 😃 

Simple Minds – Acoustic tour live review – Ostende (B) – 13 mai 2017

Les Simple Minds, qui tiennent leur nom de la chanson de David Bowie « the jean genie » (he’s so simple minded he can’t drive his module) se sont formés à la fin des années 1970 et ont atteint des sommets dans la décennie suivante avec des tubes planétaires et remplissant des stades complets. C’était l’heure de gloire pour ces écossais élevés à la sauce punk, une apogée qui dura presque 10 ans avec des phases de repli et de rebonds géniaux à l’instar d’un titre comme « Dolphin » plus récemment.

Près de 40 ans plus tard, la bande de Jim Kerr et Charlie Burchill n’a pas perdu la main. Acclamés pour leur album « big music » et récompensés par le magazine britannique Mojo, ils se retrouvent dans un show case de promotion en acoustique en septembre 2014 et les réactions sont pour le moins enthousiastes, à tel point que cela leur donnera des idées. En 2016, ils façonnent un set sur mesure pour un festival en suisse (en échange d’une belle somme d’argent et de chocolat plaisanta le chanteur hier soir) et de là découlera l’enregistrement de leur album acoustique et une vaste tournée mondiale à la clé. Comme Jim Kerr l’expliquait hier, ils avaient eu cette idée il y a 20 ans déjà et cela n’avait pu être possible. Tout arrive donc à point pour celui qui sait attendre et pour ma part ce fut mon premier rendez-vous avec ce groupe mythique au Kursaal d’Ostende (B) ce samedi 13 mai 2017.

La salle est comble, cossue comme un casino, l’ambiance est là et KT Tunstall se charge d’ouvrir les hostilités. Quelle voix, quelle belle énergie ! Cette belle écossaise remarquée à l’époque pour son titre « black horse and the cherry tree » assure de bout en bout guitare en main, le public est conquis. Une pause est observée et 21h00 tapantes, Simple Minds arrive sur scène pour deux heures environ. Le ton est donné, Jim Kerr en vieux brisquard se fond dans le public, de gauche à droite et salue les fans qui n’en croient pas leurs yeux avec en bande son de leur rêve éveillé un « new gold dream » du meilleur gout.

La mise en lumière tout comme le décor, chic et sobre avec un lustre suspendu est de toute beauté. Pour ma part, un point fondamental retient toute mon attention à savoir la qualité du son. Les écossais ont la réputation de donner le meilleur d’eux-mêmes en la matière et pour le coup, je suis impressionné. La magie est absolue : ils réussissent à donner au spectacle une énergie folle, un relief sonore de premier ordre à partir d’une prestation acoustique.

Le tout file à toute vitesse et on retrouve tous leurs tubes et notamment un « Mandela day » d’une beauté totale. Les musiciens sont « en place », tout est rodé comme une mécanique de précision. A la batterie, Cherisse Ossei et sa crinière de lionne délivre une prestation tout en puissance féline, elle domine la scène et libère une énergie hors du commun tandis que ses compères opèrent avec la force tranquille du talent et de l’expérience.

Que dire de Sarah Brown et de sa voix ou encore KT Tunstall rejoignant Jim Kerr sur scène dans une complicité touchante à l’occasion d’un « for what it’s worth » ou du guitariste Gordie Goudie reprenant en solo un hommage de Bowie et « Andy Warhol » ? Tout est dans le subtil ce soir et on mesure à quel point le professionnalisme qui est le leur, l’étendue de leur expérience.

Ils ont cela dans le sang, ont inventé le pop rock haut de gamme et continuent à ravir un public large, bien souvent largement quadragénaire. En musique, la classe et la grandeur sont intemporelles. Assortis d’une belle âme celte et d’un style bien à eux, on ne peut nier l’évidence ce soir : Simple Minds est un groupe majeur du genre. Merci et bravo.

Chronique d’une convention, Marillion 2017

D’un côté, il y a Marillion, un groupe britannique qui nous propose depuis 30 ans une musique dite néo-progressive, brillante, inspirée, avec à leur actif, plus de 15 millions d’albums vendus et de l’autre côté et non loin d’ailleurs, il y a les fans. Ils sont nombreux, répartis sur l’ensemble du globe.

Ces derniers sont passionnés, ont grandi avec cette musique ou au hasard, l’ont découverte parfois sur le tard pour en tomber ensuite amoureux. Il n’est pas rare non plus que certains vivent même un rapport réellement fusionnel.

Cette relation entre le groupe et son public est remarquable et assure à elle-seule la pérennité du combo. Les responsables de Racket Records l’ont bien compris et ont mis en place depuis une décennie une véritable stratégie marketing basée sur la vente de produits dérivés, l’organisation d’événements et l’utilisation des outils fournis par la toile mondiale.

Les conventions en sont le parfait exemple. Qui peut se targuer de réunir plus de 3000 personnes un week-end complet autour de sa musique ? Marillion réussit cet exploit depuis 2007 aux Pays Bas (d’autres conventions ont lieu au Canada et en Angleterre). Un complexe Center Parcs est privatisé pour l’occasion avec ses 700 logements et toutes ses installations : bars, restaurants, piscine avec jeux aquatiques. Nous sommes à Port Zélande, au bord de la mer. Un chapiteau géant est monté pour accueillir une véritable salle de concert. Pour anecdote, le montage dure à chaque fois 15 jours et nécessite plus de 30 ouvriers. Les moyens techniques sont considérables.

Le temps de quatre jours (nouveauté cette année), du jeudi après-midi au lundi matin, nous vivons en immersion totale. Nous fréquentons des personnes passionnées, des gens que l’on ne connait pas. Environ 50 nations sont représentées à chaque occasion, imaginez un peu ! Chaque soir, les musiciens nous proposent un thème, souvent un album joué au complet et une surprise pour la soirée de clôture du dimanche. Ce ne sont donc pas moins de trois prestations, toujours agrémentées de premières parties qui nous sont offertes. C’est sans compter sur les innombrables événements connexes : la dernière après-midi consacrée à des échanges entre le public et le groupe via des quizz. Des musiciens confirmés vivront le moment de leur vie en remplaçant leur idole et en jouant avec le groupe. On appelle cela le « swap the band ». Les espaces du complexe grouillent de petites manifestations : soirées karaoké, soirées « blind test », rencontres entre fans-club, ventes de charité, échanges.

C’est une fête, une belle et grande fête, avec ses excès parfois, elle est éprouvante physiquement mais nous donne un gout d’énergie positive tout comme le sentiment d’être bien vivant.

Une convention Marillion n’est donc au final pas qu’une série de concerts mais un fabuleuse et unique tranche de vie ! C’est pour cela qu’en général, on se donne toujours rendez-vous dans deux ans.

La première soirée a été inaugurée avec une première partie de choix assurée par Panic Room. La belle et ô combien sympathique Anne-Marie Helder a démontré toute l’étendue de son talent à travers un titre comme « nocturnal » ou un superbe « velocity » où le talent des musiciens, Dave Foster en tête sans oublier Yatim Halimi fait le reste. L’émotion était palpable sur scène tant le retour du public fut enthousiaste à leur égard. C’est indéniablement une belle récompense et un beau moment de partage, un de plus.

20h30 – Après une belle mise en scène et un voyage sur le globe pour indiquer la présence de tant de nationalités ainsi qu’un message interdisant les smartphones pour protéger la magie de l’expérience, Marillion arrive sur scène et les musiciens se lancent dans un fantastique set. La sophistication et le raffinement sont de mise de part l’utilisation de la vidéo et de belles surprises comme ce set acoustique qui nous est offert. Le thème de cette soirée est l’absence de thème justement, et des titres connus ou peu joués pêle-mêle Le tout file à une cadence infernale : Estonia, A voice from the Past, Gazpacho, The Great Escape… Un Gaza d’anthologie vient conclure cette belle soirée. Les lumières se rallument et la fête se poursuivra de longues heures encore.

Samedi. Entre une visite au magasin, au « merch » dans le langage courant, une virée à la piscine, l’aqua mundo pour les intimes, un apéritif sympa pour fêter les 10 ans de convention en compagnie de la la fine équipe, une sieste et un bon repas plus tard, nous voilà fin prêts pour la suite des opérations.

Il revient au groupe russe Iamthemorning d’ouvrir le bal dans un style atypique qu’on pourrait baptiser « musique progressive de chambre ». Fondé par Gleb Kolyadin et Marjana Semkina, les deux compères sont les étoiles montantes du genre et ont été récompensés cette année par le célèbre magazine britannique Prog pour leur dernier album avec la distinction meilleur album de l’année, rien que cela. Leur œuvre est exigeante et pourra susciter parfois le débat mais qu’importe, le public connaisseur et objectif rend un bel hommage à cette première partie de grande classe. On retrouve un bel esprit, cela s’apprécie.

C’est l’heure. Marillion entre sur scène ! Cela tremble de partout, la foule est en liesse et le plancher se met à vibrer avec force quand les chanceux devinent l’incroyable : l’année 1987 est inscrite sur l’écran et l’album Clutching At Straws se dessine en guise de menu : Incommunicado, sugar mice, white russian, oui, tout cela et bien plus encore pour sept titres au total. Que dire ? Tout est magie, vibration, sourires, nostalgie aussi. Il s’en suivra quelques titres de Misplaced Childhood et un épique Marquet Square Heroes. Les admirateurs et nostalgiques de l’époque Fish sont ravis. Petite pause et l’écran se fige sur un chiffre 2017. Nos craintes, non, nos espoirs se révèlent exacts. L’heure de Fear a sonné. Le tout coule avec fluidité, justesse, un travail d’orfèvre, des mélodies ciselées à l’or fin nous sont livrées sur un plateau en argent. La claque arrive, elle sera sévère, je veux parler de « The Leavers ».

Cette chanson magnifique prend une dimension divine en live. Les visuels de toute beauté contribuent à ce sentiment d’extase. Le titre est devenu à coup sur un titre phare des prochains shows et pour longtemps à l’instar d’un Neverland curieusement absent de la convention et qui pour le coup ne manquera pas.

Cette soirée d ’anthologie se poursuivra dans un premier temps dans le chapiteau où Pete Trawavas et Mark Kelly viennent nous rejoindre et dans un second temps au lieu dit « La Factory » où un karaoké rock grandeur nature est organisé. Led Zeppelin, AC/DC, Rage Against The Machine, Yes, Police, tout est en place pour nous faire passer quelques heures de folie, la bière est fraiche et les filles charmantes, dois-je l’avouer. Il est deux heures du matin, l’heure est arrivée de quitter les lieux et de se coucher. Ce sera chose faite une heure plus tard car nous sommes retardés sur le chemin du retour par un groupe d’anglais et de norvégiennes passablement joyeux dira t-on et avec qui nous refaisons le monde de manière improvisée. Le temps suspend son vol et l’amitié et le partage flottent comme un étendard au vent. Fin de poésie.

Dimanche matin. Après un décrassage nautique extrêmement tonique (rires), l’heure est à la convivialité : déjeuner chez nos amis français du chalet 127  ô combien sympas (mention spéciale à Didier pour sa présentation d’hallucinations auditives à mourir de rire). Foie gras, salade périgourdine, vins fins, on ne badine pas avec la gastronomie et la tradition. Les heures passent à une vitesse folle et l’heure du Swap the Band arrive. L’idée ou le concept est que des fans musiciens de talents puissent remplacer le temps d’une chanson l’un des membres du groupe. Ils furent donc 5 à être sélectionnés pour certainement l’un des plus grands moments de leur vie. C’est imparable à chaque fois, festif. Un moment fort assurément.

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L’heure du show final sonne et c’est Harry Pane qui se charge de démarrer la soirée. Guitare en main et seul sur scène, le jeune artiste envoie du lourd et démontre toute l’étendue de ses aptitudes et il s’arroge toute la sympathie du public.

La suite? Le secret avait été dévoilé et l’album Marillion.com est au programme ce soir. Ce dernier, le plus pop qui sait est agréable à attendre en live d’autant plus qu’il est sublimé ce soir par beaucoup d’esthétisme et de surprises.

Un quartet féminin (In praise of Folly) en tenue renaissance fait une apparition de fort bon gout le temps de quelques titres (trois violons et un violoncelle) et des invités font leur apparition pour agrémenter une prestation de fort belle facture : Phil Todd au saxophone, Neal Yates à la trompette bouchée puis John Helmer, parolier recruté à l’époque de Holidays in Eden pour palier au départ de Fish. Que de surprises ! C’est sans compter sur le clou du spectacle si j’ose dire: la disparition ou la chute de Steve Hogarth en plein Built in Bastards. Décalé sur la gauche de la scène, ce dernier a trébuché sur un projecteur et est tombé en arrière. La consternation fut totale d’autant que les musiciens ont mis quelques minutes à réaliser. Silence de mort, panique puis soulagement quand Mr H est enfin revenu sur scène avec facétie et reprenant immédiatement un émouvant Tumble down the years. Le bougre que l’on aime tant avouera plus tard s’être quand même cassé une côte dans l’opération. Une soirée inoubliable s’en suivit et un mot de la fin laissé à l’ode en devenir du groupe à savoir The Leavers. Une pluie de confettis lâchés dans les airs s’en suivit pour achever de combler le plaisir de nos yeux et de nos cœurs d’enfant. Comme d’habitude, les yeux sont rougis et déjà la nostalgie commence à montrer son nez.

Tout cela sera effacé par magie à peine les néons allumés : le son gronde à niveau, l’hymne conventionnel Hocus Pocus est lancé et la fête se poursuit. Les drapeaux sont brandis et dansent, virevoltent, dieu que l’ambiance est fraternelle, positive et enthousiasmante.   C’est cela une convention Marillion, cela va bien au delà de la musique, ce sont quelques jours où le temps s’arrête et où tout n’est qu’harmonie, partage et fraternisation. Pour cette raison, je le répète, on se redit toujours dans deux ans ! Il ne peut en être autrement.