Marillion, « The Invisible Man », une tentative d’explication de texte

Les paroles de « The Invisible Man sont une référence directe au roman de H. G. Wells, publié en 1897 et certainement parmi les plus belles écrites par Steve Hogarth et Marillion. C’est d’ailleurs de son propre avis l’un des chefs d’œuvre de sa carrière d’un point de vue textuel.

L’idée maitresse du morceau est celui d’un constat, celui d’un monde devenu fou, hors de contrôle. Dans une interview accordée à l’époque de sa sortie en 2004, il exprimait son propre sentiment de rupture vis à vis du monde actuel, l’idée d’être devenu comme un fantôme observant le tout, les scènes de la vie, avec distance et incompréhension.

Pourrait-on mettre cela sur le dos d’une crise de la quarantaine qui nous pousserait à tout remettre en cause à un moment donné, à glorifier le passé et prédire la décadence ?

Cela semble bien plus profond pour H et d’un point de vue culturel et artistique tout d’abord où selon lui, tout échappe de plus en plus à la logique, au bon sens et combien le talent, le travail et la sophistication souffrent de vents contraires, économiquement et médiatiquement. Comment comprendre et accepter la médiocrité et surtout sa prospérité?

La globalisation de l’information ajoute à ce sentiment, à cette capacité donnée, à ce pouvoir de voir le monde tel qui est chaque jour pour en tirer le constat dressé initialement et de réaliser tout l’injustice et le cynisme qui règnent. Nous le verrons treize ans plus tard avec FEAR.

Dès lors, si nous sommes conscients, informés, ne sommes-nous pas coupables de ne pas vouloir changer le monde, de ne pas modifier nos comportements et rester inertes? Il est certain que nous réalisons rapidement notre impuissance la plus absolue et en cela, nous sommes devenus invisibles, non pas lâches, mais des hommes invisibles.

C’est au fond cette frustration combinée à une réelle empathie ou une prise de conscience qui est la plus terrible à vivre et c’est cette histoire que nous raconte Marillion dans cette œuvre.

Artiste au plus profond de lui, H nous livre sa souffrance décuplée, lui qui voit le monde avec ses yeux grands ouverts, ceux d’un homme éveillé. Il doit intimement en souffrir réalisant l’évolution insensée de l’humanité tout en étant lui aussi totalement impotent. Et oui, il y a de quoi devenir fou et il ne l’est certainement pas.

L’homme est fidèle à lui-même et espiègle jusqu’à glisser un beau message caché au sein de la chanson. Cela respire l’amour en miroir à Neverland sans nul doute. Wendy n’est pas loin, sa chérie flotte dans les airs aussi invisiblement que certainement. Mais alors, qui est cette femme qu’il semble tant aimer et qui a choisi un autre homme ? Serait-ce une histoire ancienne refaisant surgir les spectres du passé  et qu’il regarde encore à la manière d’un homme invisible ?

La tension et la beauté du message atteignent ici un paroxysme malgré une souffrance palpable. Nul doute, il aime cette femme et se sent probablement impuissant, désarmé, frustré. Il ne peut qu’observer, voir, se voir comme dans un jeu de miroirs et se dire encore et toujours tel un mantra, « non, je ne suis pas fou ».

Et comme disait Saint Exupéry, « On ne voit bien qu’avec le coeur. L’essentiel est invisible pour les yeux ». Marillion a ce génie : celui de capter l’essence des choses, celles de la vie.