Chronique d’une convention, Marillion 2017

D’un côté, il y a Marillion, un groupe britannique qui nous propose depuis 30 ans une musique dite néo-progressive, brillante, inspirée, avec à leur actif, plus de 15 millions d’albums vendus et de l’autre côté et non loin d’ailleurs, il y a les fans. Ils sont nombreux, répartis sur l’ensemble du globe.

Ces derniers sont passionnés, ont grandi avec cette musique ou au hasard, l’ont découverte parfois sur le tard pour en tomber ensuite amoureux. Il n’est pas rare non plus que certains vivent même un rapport réellement fusionnel.

Cette relation entre le groupe et son public est remarquable et assure à elle-seule la pérennité du combo. Les responsables de Racket Records l’ont bien compris et ont mis en place depuis une décennie une véritable stratégie marketing basée sur la vente de produits dérivés, l’organisation d’événements et l’utilisation des outils fournis par la toile mondiale.

Les conventions en sont le parfait exemple. Qui peut se targuer de réunir plus de 3000 personnes un week-end complet autour de sa musique ? Marillion réussit cet exploit depuis 2007 aux Pays Bas (d’autres conventions ont lieu au Canada et en Angleterre). Un complexe Center Parcs est privatisé pour l’occasion avec ses 700 logements et toutes ses installations : bars, restaurants, piscine avec jeux aquatiques. Nous sommes à Port Zélande, au bord de la mer. Un chapiteau géant est monté pour accueillir une véritable salle de concert. Pour anecdote, le montage dure à chaque fois 15 jours et nécessite plus de 30 ouvriers. Les moyens techniques sont considérables.

Le temps de quatre jours (nouveauté cette année), du jeudi après-midi au lundi matin, nous vivons en immersion totale. Nous fréquentons des personnes passionnées, des gens que l’on ne connait pas. Environ 50 nations sont représentées à chaque occasion, imaginez un peu ! Chaque soir, les musiciens nous proposent un thème, souvent un album joué au complet et une surprise pour la soirée de clôture du dimanche. Ce ne sont donc pas moins de trois prestations, toujours agrémentées de premières parties qui nous sont offertes. C’est sans compter sur les innombrables événements connexes : la dernière après-midi consacrée à des échanges entre le public et le groupe via des quizz. Des musiciens confirmés vivront le moment de leur vie en remplaçant leur idole et en jouant avec le groupe. On appelle cela le « swap the band ». Les espaces du complexe grouillent de petites manifestations : soirées karaoké, soirées « blind test », rencontres entre fans-club, ventes de charité, échanges.

C’est une fête, une belle et grande fête, avec ses excès parfois, elle est éprouvante physiquement mais nous donne un gout d’énergie positive tout comme le sentiment d’être bien vivant.

Une convention Marillion n’est donc au final pas qu’une série de concerts mais un fabuleuse et unique tranche de vie ! C’est pour cela qu’en général, on se donne toujours rendez-vous dans deux ans.

La première soirée a été inaugurée avec une première partie de choix assurée par Panic Room. La belle et ô combien sympathique Anne-Marie Helder a démontré toute l’étendue de son talent à travers un titre comme « nocturnal » ou un superbe « velocity » où le talent des musiciens, Dave Foster en tête sans oublier Yatim Halimi fait le reste. L’émotion était palpable sur scène tant le retour du public fut enthousiaste à leur égard. C’est indéniablement une belle récompense et un beau moment de partage, un de plus.

20h30 – Après une belle mise en scène et un voyage sur le globe pour indiquer la présence de tant de nationalités ainsi qu’un message interdisant les smartphones pour protéger la magie de l’expérience, Marillion arrive sur scène et les musiciens se lancent dans un fantastique set. La sophistication et le raffinement sont de mise de part l’utilisation de la vidéo et de belles surprises comme ce set acoustique qui nous est offert. Le thème de cette soirée est l’absence de thème justement, et des titres connus ou peu joués pêle-mêle Le tout file à une cadence infernale : Estonia, A voice from the Past, Gazpacho, The Great Escape… Un Gaza d’anthologie vient conclure cette belle soirée. Les lumières se rallument et la fête se poursuivra de longues heures encore.

Samedi. Entre une visite au magasin, au « merch » dans le langage courant, une virée à la piscine, l’aqua mundo pour les intimes, un apéritif sympa pour fêter les 10 ans de convention en compagnie de la la fine équipe, une sieste et un bon repas plus tard, nous voilà fin prêts pour la suite des opérations.

Il revient au groupe russe Iamthemorning d’ouvrir le bal dans un style atypique qu’on pourrait baptiser « musique progressive de chambre ». Fondé par Gleb Kolyadin et Marjana Semkina, les deux compères sont les étoiles montantes du genre et ont été récompensés cette année par le célèbre magazine britannique Prog pour leur dernier album avec la distinction meilleur album de l’année, rien que cela. Leur œuvre est exigeante et pourra susciter parfois le débat mais qu’importe, le public connaisseur et objectif rend un bel hommage à cette première partie de grande classe. On retrouve un bel esprit, cela s’apprécie.

C’est l’heure. Marillion entre sur scène ! Cela tremble de partout, la foule est en liesse et le plancher se met à vibrer avec force quand les chanceux devinent l’incroyable : l’année 1987 est inscrite sur l’écran et l’album Clutching At Straws se dessine en guise de menu : Incommunicado, sugar mice, white russian, oui, tout cela et bien plus encore pour sept titres au total. Que dire ? Tout est magie, vibration, sourires, nostalgie aussi. Il s’en suivra quelques titres de Misplaced Childhood et un épique Marquet Square Heroes. Les admirateurs et nostalgiques de l’époque Fish sont ravis. Petite pause et l’écran se fige sur un chiffre 2017. Nos craintes, non, nos espoirs se révèlent exacts. L’heure de Fear a sonné. Le tout coule avec fluidité, justesse, un travail d’orfèvre, des mélodies ciselées à l’or fin nous sont livrées sur un plateau en argent. La claque arrive, elle sera sévère, je veux parler de « The Leavers ».

Cette chanson magnifique prend une dimension divine en live. Les visuels de toute beauté contribuent à ce sentiment d’extase. Le titre est devenu à coup sur un titre phare des prochains shows et pour longtemps à l’instar d’un Neverland curieusement absent de la convention et qui pour le coup ne manquera pas.

Cette soirée d ’anthologie se poursuivra dans un premier temps dans le chapiteau où Pete Trawavas et Mark Kelly viennent nous rejoindre et dans un second temps au lieu dit « La Factory » où un karaoké rock grandeur nature est organisé. Led Zeppelin, AC/DC, Rage Against The Machine, Yes, Police, tout est en place pour nous faire passer quelques heures de folie, la bière est fraiche et les filles charmantes, dois-je l’avouer. Il est deux heures du matin, l’heure est arrivée de quitter les lieux et de se coucher. Ce sera chose faite une heure plus tard car nous sommes retardés sur le chemin du retour par un groupe d’anglais et de norvégiennes passablement joyeux dira t-on et avec qui nous refaisons le monde de manière improvisée. Le temps suspend son vol et l’amitié et le partage flottent comme un étendard au vent. Fin de poésie.

Dimanche matin. Après un décrassage nautique extrêmement tonique (rires), l’heure est à la convivialité : déjeuner chez nos amis français du chalet 127  ô combien sympas (mention spéciale à Didier pour sa présentation d’hallucinations auditives à mourir de rire). Foie gras, salade périgourdine, vins fins, on ne badine pas avec la gastronomie et la tradition. Les heures passent à une vitesse folle et l’heure du Swap the Band arrive. L’idée ou le concept est que des fans musiciens de talents puissent remplacer le temps d’une chanson l’un des membres du groupe. Ils furent donc 5 à être sélectionnés pour certainement l’un des plus grands moments de leur vie. C’est imparable à chaque fois, festif. Un moment fort assurément.

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L’heure du show final sonne et c’est Harry Pane qui se charge de démarrer la soirée. Guitare en main et seul sur scène, le jeune artiste envoie du lourd et démontre toute l’étendue de ses aptitudes et il s’arroge toute la sympathie du public.

La suite? Le secret avait été dévoilé et l’album Marillion.com est au programme ce soir. Ce dernier, le plus pop qui sait est agréable à attendre en live d’autant plus qu’il est sublimé ce soir par beaucoup d’esthétisme et de surprises.

Un quartet féminin (In praise of Folly) en tenue renaissance fait une apparition de fort bon gout le temps de quelques titres (trois violons et un violoncelle) et des invités font leur apparition pour agrémenter une prestation de fort belle facture : Phil Todd au saxophone, Neal Yates à la trompette bouchée puis John Helmer, parolier recruté à l’époque de Holidays in Eden pour palier au départ de Fish. Que de surprises ! C’est sans compter sur le clou du spectacle si j’ose dire: la disparition ou la chute de Steve Hogarth en plein Built in Bastards. Décalé sur la gauche de la scène, ce dernier a trébuché sur un projecteur et est tombé en arrière. La consternation fut totale d’autant que les musiciens ont mis quelques minutes à réaliser. Silence de mort, panique puis soulagement quand Mr H est enfin revenu sur scène avec facétie et reprenant immédiatement un émouvant Tumble down the years. Le bougre que l’on aime tant avouera plus tard s’être quand même cassé une côte dans l’opération. Une soirée inoubliable s’en suivit et un mot de la fin laissé à l’ode en devenir du groupe à savoir The Leavers. Une pluie de confettis lâchés dans les airs s’en suivit pour achever de combler le plaisir de nos yeux et de nos cœurs d’enfant. Comme d’habitude, les yeux sont rougis et déjà la nostalgie commence à montrer son nez.

Tout cela sera effacé par magie à peine les néons allumés : le son gronde à niveau, l’hymne conventionnel Hocus Pocus est lancé et la fête se poursuit. Les drapeaux sont brandis et dansent, virevoltent, dieu que l’ambiance est fraternelle, positive et enthousiasmante.   C’est cela une convention Marillion, cela va bien au delà de la musique, ce sont quelques jours où le temps s’arrête et où tout n’est qu’harmonie, partage et fraternisation. Pour cette raison, je le répète, on se redit toujours dans deux ans ! Il ne peut en être autrement.